Transpacifique nostalgie

+ « Bienveillance »

(15 min.  + fignolage à la maison)

 

 

 

 

 

 

 

Babeth CAO
816 H St NE
Washington, DC
USA

Le 9 mai 2012

Ma petite sœur,

J’ai enfin pu récupérer les diapositives de papa, lui qui prenait tant de photos de tout, de nous deux surtout. Je les ai toutes fait scanner, puis imprimer. Une demi-douzaine de boites à chaussures en tout.

Bien sûr, je ne peux pas toutes les glisser dans l’enveloppe. Je t’en donnerais plus l’an prochain quand tu reviendras nous voir pour quelques jours, après ton concert à Phnom Penh. Je l’espère.

Alors j’ai choisi celle-ci, nous montrant toutes les deux au cours de danse. Je me vois là au premier plan, semblant bercer cette balle souple, l’enrober de toute ma bienveillance comme si elle était toi. J’ai déjà ma figure de maintenant : appliquée et sérieuse. Toujours bien coiffée avec ma natte sur le côté dont tu riais de si bon cœur.

On te voit quelques pas en retrait, agenouillée aussi mais dans le flou. On te devine plus raide, un peu mal à l’aise peut être et comme sur le départ, déjà. Je te lis dans le grain épais de la photo, les yeux fermés comme un aveugle passant son doigt sur le braille de son poème fétiche. J’y sens ton bouillonnement intérieur et l’acier du caractère qui t’emmènera loin.

Je veillais sur toi à l’époque. C’était mon devoir et ma passion. La fierté aussi d’être la moitié de nous deux. Deux sœurs sans aucun doute, ça sautait aux yeux de tout le monde. Parfois, je me demande si ce serait encore le cas aujourd’hui. Nos vies sont tellement différentes.

Comme tu vois, cette photo me replonge loin en arrière, dans une nostalgie que j’espère tu partageras un peu. On s’aimait tellement à l’époque, tous les jours, à chaque instant. Ça me manque aujourd’hui.

Je t’embrasse ma sœur,

Bopha

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3 réponses à Transpacifique nostalgie

  1. Agrippa Delil dit :

    Les mots de cette soeur sont bouleversants.
    Tu as vraiment plongé dans son univers et ton texte nous fait plonger avec toi :
    « Je te lis dans le grain épais de la photo, les yeux fermés, comme un aveugle passant son doigt sur le braille de son poème fétiche. »

  2. Jeremy D dit :

    J’adore.
    J’aime beaucoup l’idée de la lettre à la soeur, inspirée d’une ancienne photo.
    Et le texte est très émouvant.
    « Je veillais sur toi à l’époque. C’était mon devoir et ma passion. La fierté aussi d’être la moitié de nous deux. Deux sœurs sans aucun doute, ça sautait aux yeux de tout le monde. Parfois, je me demande si ce serait encore le cas aujourd’hui. Nos vies sont tellement différentes. »
    Excellent. Bravo.

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