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PUBLICATIONS DES PARTICIPANTS
J’ai fréquenté durant plusieurs années les ateliers d’écriture Sous les Toits de Cécile et Philippe, que je viens de retrouver en novembre avec Les Petits Papiers. Depuis la pandémie, je me suis lancée un peu plus « sérieusement » dans l’écriture et mené certains projets à bien. Après « le Fils de l’autre », que j’ai déjà présenté sur ce blog, « Avenue du Père-Lachaise » est mon deuxième roman. Il est né de ce qui devait, au départ, être un recueil de nouvelles. Celles-ci étaient souvent liées les unes aux autres en une sorte de « suite », je les ai remaniées pour en faire cet OLNI (objet littéraire non identifié), qui a trouvé son éditrice, les Editions Marie Romaine, https://www.editionsmarieromaine.fr/. Ce roman choral est sorti en janvier 2024. En voici le pitchDeux femmes, trois hommes, un lieu : le cimetière du Père-Lachaise, à Paris. Au fil de ce roman, des vies se télescopent, des destins se lient, des êtres se trouvent ou se séparent. Les personnages rebondissent d’un chapitre à l’autre, tous réunis dans cette mystérieuse nécropole par l’absence, le manque, le deuil, l’espoir d’une renaissance. Si la mort a un jour croisé leur chemin et redessiné leur parcours, sa présence n’arrive jamais à obscurcir cette valse mi-joyeuse, mi-tragique, au terme de laquelle l’un d’eux va disparaître.Et le lien pour découvrir le livre : https://www.editionsmarieromaine.fr/product-page/avenue-du-p%C3%A8re-lachaise-monique-blond Merci pour votre lecture !
La danse du papillon provient d’un texte court produit pendant un atelier d’écriture que j’avais suivi il y a une trentaine d’années. Par la suite, j’ai repris cet écrit à plusieurs reprises, tout en rédigeant d’autres textes sans rapport avec cette ébauche. C’est plus tard que, disposant de temps et de disponibilité d’esprit, j’ai ressorti de mon ordinateur les brouillons successifs du petit texte initial pour travailler encore et encore une histoire dont je ne savais pas très bien où elle allait. Et petit à petit, quelque chose a commencé à prendre forme, qui s’était éloigné du tout premier texte d’atelier, qui puisait aussi dans d’autres textes moins anciens et se nourrissait de fragments nouveaux, parmi lesquels des ébauches écrites pendant des séances de l’Atelier sous les toits. Le soir, des personnages s’invitaient dans mes rêveries, rechignant parfois contre ce que je venais de leur faire faire ou contre le prénom que je leur avais donné, formant petit à petit l’histoire à ma place. Je griffonnais quelques notes et le lendemain, j’essayais de traduire ces notes en écriture… essais parfois fructueux, pas toujours ! Parvenir à la forme aboutie de La danse du papillon m’a pris plus de six ans. Si je reviens sur ce travail d’écriture, je peux distinguer plusieurs aspects. D’abord, le travail de la phrase : portée à écrire de longues phrases pleines de digressions et d’incises dans tous les sens, j’ai dû énormément les retravailler. Pendant plusieurs années, j’écrivais chaque jour un ou deux paragraphes, ou seulement deux ou trois lignes, et je les raturais et les réécrivais indéfiniment les jours suivants en me disant que c’était nul, et moi avec. L’écriture de La danse du papillon m’a servi d’exercice d’écriture mais aussi, en étant aussi quotidiennement présente, m’a coupée d’autres formes, comme par exemple la forme poétique dont je me suis éloignée à regret. Ensuite le travail de la structure : comment organiser l’histoire, présenter les évènements, ménager un certain suspens. Longtemps, le récit n’avait aucune structure, probablement aussi parce que les grandes lignes de l’histoire n’étaient pas encore clairement définies. Puis, quelque chose a « pris » et la structure est apparue. Evidemment, je n’avais pas fait de frise chronologique et mes personnages apparaissaient n’importe quand, à rebrousse-temps : pourquoi pas, en théorie, un récit temporellement déstructuré, mais cela ne se prêtait pas à l’histoire que je voulais raconter. Je me suis donc emmêlé les pinceaux jusqu’à ce que ça tienne à peu près et que je déclare la structure achevée. Désireuse d’en finir, je n’ai pas écouté la petite voix intérieure qui tentait de me dire qu’en fait la structure était bancale. Cécile, à qui j’ai confié la relecture de la première version de ce récit dans le cadre de l’Atelier Face à Face, m’en a aussitôt fait la remarque. Il a fallu me remettre à la tâche, couper, tailler et retailler et m’apercevoir qu’avec la nouvelle combinaison, ça ne collait plus, des évènements se produisent dans le mauvais sens, des gens mouraient avant d’être nés etc…. Finalement, ça c’est fait, en quelques mois. La manuscrit terminé, j’en ai éprouvé à la fois de la joie et de la légèreté. Je n’avais pas l’idée que cet écrit puisse être publié. Je l’ai offert à mes proches en format A4 et c’est de mon entourage qu’est venu l’encouragement à chercher un éditeur… J’ai mis du temps à faire la démarche, je ne me sentais pas légitime et je me demandais ce qu’un bouquin de plus viendrait ajouter à des masses et des masses de livres publiés chaque semaine…. Nombreux ont été les refus implicites (pas de réponse sous 4 mois signifie un refus) et les refus par courrier, certains assortis de commentaires encourageants, jusqu’à ce que les éditions de l’Harmattan acceptent de le publier. Je continue à me demander si publier est une fin en soi : ce qui a compté le plus, c’est d’avoir écrit. Mais maintenant, je ne peux plus faire abstraction du fait que ce livre est publié et c’est vrai que savoir son texte lu par d’autres yeux, d’autres oreilles, par des âmes éloignées que l’on ne connaît pas, et parfois en recevoir un témoignage, c’est tellement fort ! D’une certaine façon, on en fait l’expérience à une autre échelle en atelier d’écriture ou dans le blog de l’Atelier : le partage de ce que l’on a écrit, le retour des lecteurs ou des auditeurs (selon la forme de l’atelier) est une expérience du risque, de la remise en question mais aussi du partage et de la joie. La danse du papillon se commande dans toutes les librairies, sur les sites de vente en ligne et sur le site des éditions de l’Harmattan : https://www.editions-harmattan.fr/livre-la_danse_du_papillon_aliette_zumthor_sallee-9782140294846-74491.html
Tout est parti d’un courrier de lecteur, découvert en septembre 2019 : un professeur de physique-chimie reconnaît, dans sa classe, le fils de son ancien harceleur, qui ressemble trait pour trait à son père. Il s’inquiète auprès de la psychologue de sa réaction possible envers cet élève : ne sera-t-il pas tenté de lui faire payer les persécutions du père, même inconsciemment ? La thérapeute lui répond, entre autres choses, qu’il y a là matière à écrire un roman ! Le samedi, à l’atelier Petits Papiers, chez Cécile et Philippe, je choisis d’écrire un texte inspiré de cette histoire, au gré des fameux « petits papiers ». Les retours plutôt positifs m’encouragent à peaufiner à la maison ma nouvelle Le Portrait de son père, que j’envoie à trois ou quatre revues. L’envie d’aller plus loin ne me quitte pas et je m’inscris à un atelier Premier Roman (en formation pro), pour transformer la nouvelle en roman. En avril 2020, la revue Brèves m’appelle pour m’informer qu’elle souhaite publier Le Portrait de son père dans son numéro 116 (collectif « Jeunesse »). Cela renforce encore ma motivation pour le roman, dont j’achève le premier jet en juin. Je poursuis la réécriture les mois suivants. En plus des retours obtenus en atelier, je fais « diagnostiquer » mon texte en janvier 2021 par un site professionnel, puis, après l’avoir remanié, je commence à envoyer mon manuscrit à des éditeurs en septembre 2021, assorti d’une lettre de présentation longuement travaillée, d’un synopsis, etc. Je continue mes envois jusqu’en mars 2022. Sur la quarantaine d’éditeurs contactés, j’obtiendrai six réponses, toutes négatives, mais parfois encourageantes (quand même !). Enfin, en avril 2022, un éditeur (IGB) me téléphone : il a aimé mon roman, mais attend d’avoir l’avis de son comité de lecture et de son associée pour me donner un accord définitif. La même semaine (!), les Editions Il est Midi me contactent à leur tour pour me proposer directement un contrat. C’est avec eux que je signe, en juin 2022. Mon roman, le Fils de l’autre, sort le 10 octobre. L’expérience a été intéressante, même si le livre n’est vendu que sur commande (en librairie, à la Fnac, chez Amazon et sur tous les sites marchands), donc peu visible. Par ailleurs, Il est Midi n’organise pas de dédicaces et ne participe pas à des salons. Enfin, je n’ai jamais rencontré mes éditeurs, nous n’avons échangé que par mail et au téléphone. J’ai donc réalisé moi-même mon dossier de presse et obtenu deux chroniques (sur Femina.fr et Télé-7-Jours) et deux interviews. Un club de lecture, à Pierrefonds, m’a également invitée à une journée de présentation, et je me suis inscrite à deux salons en 2023 (réponse en attente). L’aventure continue, sans bruit, mais c’est formateur… Encore merci à Cécile et Philippe, dont l’atelier Petits Papiers m’a permis de poser les jalons de mon projet. Je leur ai même volé une très jolie phrase, tirée au hasard des « petits papiers » et que j’ai gardée dans le roman, bien évidemment ! Monique Coant-Blond Pour en savoir plus sur le livre, n’hésitez pas à aller sur mes pages Facebook https://www.facebook.com/profile.php?id=100082078084319 et Instagram https://www.instagram.com/emsie_blond/?hl=fr ou, pourquoi pas, sur le site de l’éditeur https://editions-il-est-midi.eproshopping.fr/1740324-LE-FILS-DE-L-AUTRE-Monique-Coant-Blond
LIVRES AIMÉS
J’ai aimé l’atmosphère; j’ai souri ; j’ai admiré le style; j’ai râlé de frustration lorsque je découvrais les personnages petit à petit et non bien campés en début de livre ; j’ai frémi devant le suspens de l’histoire et des personnages; je me suis laissée bercer par l’ambivalence constante entre rêve et réalité; j’ai été touchée quand j’ai enfin compris les visites d’amitié et de souvenirs de ce groupe hétéroclite et j’ai même versé une larme en refermant le livre.
En passant dans le rayons BD (au RDC, pour les grands, pas au 3e chez les enfants) d’une médiathèque, je me suis arrêtée sur Profession du père, de Sébastien Gnaedig. C’est une adaptation du roman de Sorj Chalandon. Je vous le dis tout de suite : je n’ai pas lu la version sans images. Mais la version adaptée a renforcé l’envie de la découvrir, même si je peux m’attendre à une violence accrue. En noir et blanc, en quelques dessins, l’intensité est présente. La dérive d’une homme dans une période sombre de l’histoire de France. « Les événements » dans nos livres d’histoire, pour ne pas dire « la guerre » d’Algérie. Je ne sais pas ce qu’en pensent celles et ceux qui ont lu S. Chalandon. Cette adaptation est une introduction, une ouverture. Profession du père est publié aux éditions Futuropolis en 2018.
Le point de départ de l’auteure est que nous avons été, ou serons, toutes et tous un jour confrontés à la mort de notre mère. La narratrice, journaliste célibataire de 31 ans, décrit ce qui l’oppose à sa sœur, mariée, 2 enfants. Leur mère meurt brutalement. Assassinée. Le lecteur suit avec la narratrice l’enquête, les arrangements pour vider la maison, ce que deviennent les relations familiales et sociales lorsque l’on perd sa mère aussi dramatiquement. Des secrets vont au fil des pages transformer des vérités jusqu’ici bien établies. Il y a beaucoup d’humour dans ces pages. Et des rebondissements. Le récit m’a parlé, souvent. Mère disparue est paru en 2007, édité par les éditions Philippe Rey.
Trois livres en forme de trilogie de Deborah Levy, auteure sud-africaine vivant en Grande-Bretagne : Le goût de la vie, Ce que je ne veux pas savoir et Etat des lieux. Les ouvrages sont traduits par Céline Leroy. Une écriture très ancrée dans la vie, mais en même temps très subtile, où l’auteure à la fois s’interroge sur la présence du passé dans le présent, et très souvent décale notre regard sur des évènements très simples et quotidiens pour en dégager un aspect neuf. Elle y excelle lorsqu’elle questionne, sans verser dans la démonstration, les rapports de genre, son travail d’écrivaine, ses rêves non réalisés. Elle est souvent drôle, légère et toujours intéressante. Merci à la traduction excellente.
Le cercle des menteurs ou Contes Philosophiques du monde entier rapportés par Jean-Claude Carrière. Habituellement, le terme de « contes philosophiques » me donne envie de rebrousser chemin car c’est un genre dont le ton appuyé, l’intention de donner des leçons produit souvent des textes ennuyeux et « voulus » (ce n’est que mon avis !). Ici, c’est tout le contraire : histoires courtes, du conte à la blague, racontées avec le brio qu’a Jean-Claude Carrière pour s’exprimer. Si l’on connait sa voix, on a l’impression en lisant qu’il est présent et qu’il conte à haute voix. Le premier comme le deuxième tome sont des régals. (en photo le deuxième tome)
Un texte très court (78 pages) sur la maladie contractée à son travail par le père du narrateur. Ce que j’ai aimé dans cette écriture, c’est que sous l’apparente pauvreté émotionnelle du texte, l’auteur, en nous livrant la stricte description des faits et gestes des protagonistes, sans à aucun moment ne juger quiconque, nous laisse toute la place pour mobiliser notre propre émotion et penser par nous-mêmes.
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Gaston et la dame en gris
Andrée Doulan était une femme sans âge, toujours de gris vêtue. Elle déclinait cette couleur en cinquante nuances au moins : gris perle, gris anthracite ou gris plomb, gris souris, gris taupe ou gris tourterelle. Au fil du temps, ses cheveux eux-même avaient pris une teinte argentée. Dans l’immeuble, c’était la dame en gris qui ne faisait pas d’histoire et du reste, elle n’aimait pas cela. Passer inaperçue, n’encombrer personne et ne s’encombrer de rien semblait résumer l’histoire de sa vie.
Cette journée s’annonçait terne et pluvieuse, comme toutes ses journées d’automne qui se suivaient et se ressemblaient, marquées de solitude et d’ennui. La pluie, c’est le chagrin des nuages. Elle s’interrogeait parfois sur la cause de leur tristesse. Qu’est ce qui les invitait ainsi à larmoyer ? Etait-ce l’attitude des hommes ou l’indifférence des dieux qui les plongeaient ainsi dans la mélancolie ? Nul ne savait. Ne pouvait-on pas imaginer les nuages heureux d’offrir généreusement aux hommes et à leur terre de quoi les abreuver, les nourrir, les laver des affronts qu’ils avaient essuyés, en les illuminant de gouttelettes scintillantes ?
Les rires joyeux de Gaston, son petit voisin de six ans, la sortirent de sa réflexion. « Oh le sacripan », pensa-t-elle. Il l’avait rendue folle avec sa question, une question incongrue, inconvenante, déplacée. Une question à laquelle elle ne pouvait répondre ni par oui, ni par non. Bigre, bigre, que c’était-il donc passé dans la tête de ce bambin pour qu’une question aussi saugrenue ait germé dans son esprit et pourquoi était-ce elle qu’il avait questionnée ? Comment pourrait-elle répondre de manière simple, sincère, et intelligible ? Elle ne pouvait échapper au supplice de la question de Gaston et ne voulait ni l’éluder, ni décevoir ce gamin d’une grande curiosité et d’une incroyable maturité pour un enfant de son âge.
Du haut de ses trois pommes, Gaston était d’une grande vivacité d’esprit, s’intéressant à tout, vivant pleinement sa vie comme si chaque instant était le dernier. Toujours poli et respectueux avec les adultes, il s’était lié d’amitié avec elle, apportant fraîcheur et gaieté dans son quotidien insipide. Il la ramenait à la vie. Avec lui, elle redécouvrait le monde, enchantait le quotidien, et réécrivait son histoire. Il l’obligeait à exhumer de sa mémoire des souvenirs heureux, en rose et bleu. Mais avec cette question terrible, il avait, en toute innocence, pourri ses soirées et elle lui en voulait.
« Bonjour Gaston, comment ça va aujourd’hui ? » lui demanda-t-elle en ouvrant sa porte, dans un sourire presque forcé.
« Bien, Madame Doulan. Un peu fatigué. Je crois qu’il va me falloir à nouveau faire la sieste, comme quand j’étais petit. » lança-t-il du bas des escaliers, ces mêmes escaliers de chêne toujours impeccablement cirés dont il s’amusait à sauter les marches il y a peu. Gaston ne paraissait pas son âge et ne grandissait pas vraiment, ne jouait pas avec les autres et leur parlait peu. C’était un enfant solitaire, détenteur d’un secret qui les avaient tous fait fuir et qu’il lui avait confié à elle, André Doulan, devinant sans doute qu’elle était prête à l’entendre et qu’elle ne le révèlerait à personne.
« A l’hôpital hier, on m’a dit que j’avais un cancer. Mais ne t’inquiète pas, ça n’est pas contagieux », lui avait-il dit le plus ingénument du monde. »
Elle lui avait souri avec empathie, sans chercher à en savoir davantage. Avec ces mots simples, lancés sans ménagement, il avait trouvé directement le chemin de son cœur endormi, et éveillé en elle un sentiment de compassion dont elle s’était étonnée. Au fil des mois, elle l’avait vu s’amaigrir, s’assagir, se déplumer. Petit oiseau meurtri par la violence des traitements médicaux qui lui avaient été imposés, il avait perdu tous ses cheveux. Sans qu’il comprenne pourquoi. Et cette coiffure l’isolait du reste des vivants, révélant malgré lui un secret qu’il aurait aimé garder. Cela ne semblait pas l’inquiéter outre mesure. A six ans, on est prêt à toutes les transformations physiques.
En toute inconscience, Gaston réapprenait la vie à Andrée Doulan qui avait plus de dix fois son âge. Elle se surprenait parfois comme lui à s’émerveiller d’un rien, à profiter de toutes petites choses qui jusqu’à présent lui avaient semblé anodines et dénuées d’intérêt. Gaston parlait aussi beaucoup à son chien Gérard, un jeune bouledogue français à la babine toujours retroussée et à la langue pendante. Ce petit chien écoutait sans broncher le jeune garçon lui donner des leçons de choses, les yeux écarquillés et les oreilles tendues.
« Tu vois Gérard, ton corps est plein de cellules et des fois, il y en a qui ne fonctionnent pas bien. Alors, tu tombes malade. »
Gérard semblait tout ouïe, admiratif de l’étendue du savoir de son maître et ces deux-là entretenaient un lien quasi-fusionnel. C’était Gaston qui avait lui-même choisi son chien, l’avait baptisé, éduqué et dressé à rapporter frénétiquement les balles qu’il lui lançait, et il n’en était pas peu fier. Le petit molosse lui vouait une véritable admiration et se pliait à tous ses caprices, à toutes ses fantaisies. Il était son unique copain de jeu, son protégé, et son patient aussi lorsqu’ils jouaient au docteur. Gérard était plus que le confident du jeune garçon, il était son presque frère. Ces deux-là étaient inséparables, l’un suivant l’autre comme son ombre.
« Moi, c’est les cellules de mon cerveau qui font n’importe quoi. Mais, ne t’inquiète pas, à Robert-Debré, on m’a dit qu’on allait les enlever et que tout rentrerait dans l’ordre. Je serai sûrement un peu fatigué après. On fera la sieste ensemble, comme quant tu étais bébé. Et puis, tu pourras jouer à la balle avec Mme Doulan. Elle est un peu vieille, mais elle est sympa. » avait expliqué le bambin à son chien, comme pour le rassurer.
Fort de cette amitié canine, Gaston pouvait tout affronter avec confiance et avec joie. Rien ne semblait l’effrayer. Andrée Doulan l’enviait pour cela. Elle le jalousait presque, elle qui s’était attristée à l’apparition de ses premières rides, inquiétée de voir sa peau se distendre et sa silhouette se voûter. Ce petit garçon si courageux lui donnait une opportunité formidable de redécouvrir la vie, à un âge où l’on devient trop facilement désabusée et aigrie. Au début, les cris et les aboiements des deux compères l’avaient exaspérée. Elle s’était plainte à plusieurs reprises de ce vacarme dans la cage d’escaliers. Mais depuis que Gaston lui avait confié son secret, elle n’avait plus rien osé dire et s’était presque prise d’affection pour lui, malgré elle et malgré lui. Elle s’était bien gardée d’avoir des enfants et les considérait comme souvent stupides, bruyants et inconvenants mais ne voulait pas devenir une vieille dame revêche.
Cette fois-ci tout de même, il avait passé les bornes ce sacripan avec cette question posée en toute simplicité, en toute innocence et qui depuis la taraudait, jour et nuit. Cette question à laquelle elle n’était pas préparée et ne savait répondre. « Nous en reparlerons bientôt si tu veux bien, je n’ai pas le temps aujourd’hui, je suis pressée. » avait-elle éludé. C’était pourtant une question d’importance, la seule peut-être qui vaille d’être posée.
« C’est quoi la mort » avait-il demandé ?
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Une réponse à Gaston et la dame en gris
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beaucoup d’émotions, de poésie dans ce texte touchant et profond. merci!