« 1,2,3 Soleil » nocturnes

On avait décidé de mettre les voiles, de fuir la soit disant civilisation. La canicule, le goudron qui fondait, les sirènes des ambulances et l’air plombé. On en voulait plus, d’être debout au milieu de la nuit, suffoquant.

On avait rêvé de hamacs à l’ombre, de la fraicheur du petit ruisseau, de pieds nus chatouillés par l’herbe folle. On voulait caresser la terre avec nos doigts, remplir d’eau des boules de pétanque multicolores en plastique et passer une après-midi entière à débattre des mérites respectifs de l’espadrille et de la tong. On avait rêvé de rien foutre en somme, le temps d’une parenthèse unijambiste, c’est à dire ouverte seulement. Une parenthèse à durée indéterminée.

Le soir, à la lueur de nos éclats de rire, sur les marches de l’escalier en pierre, on reprenait nos jeux d’enfants là où on les avait laissés, il y a trop longtemps. Nos « Jacques a dit » et nos « 1,2,3 Soleil » tellement plus drôles dans le noir.

On était des rois, avec des rêves de gosses. Régénérés, on aurait voulu que la terre s’ouvre en deux, engloutisse la ville et ses accessoires bruyants. Nous laissant tous les deux juste en équilibre au bord du gouffre, éberlués par notre insouciance et radieux.

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