Célestine avait grandi

Célestine, Célestine !! les cris éclataient frais & joyeux le long de la rampe bien cirée du grand escalier.

Aujourd’hui, ces appels si clairs, sonores, lui emplissaient le cœur & l’esprit comme engourdis, enveloppés dans des toiles de coton multicolores dont on recouvrait les meubles avant de fermer, pour le grand repos hivernal, la maison familiale.

Célestine était cette grande jeune fille, aux yeux d’azur profond, paraissant de prime abord réfléchie & douce, et qui, pour ceux qui la connaissaient, se montrait souvent de feu & de fougue. On l’avait comparée à « Justin du Carreau », une belle jument, cob irlandaise, qui, sous ses grandes prunelles sombres, cachait un regard de feu qui emmenait la troupe les jours de chasse.

Célestine n’était plus la petite fille toute de spontanéité & de rires perlés qu’elle avait le plus grand mal à contenir. Les saisons, plus que les années, avaient imprimé leurs marques sur cette petite fille tant aimée. D’abord par son frère jumeau, Corentin, qui subissait avec un ravissement mal dissimulé les sautes d’humeur, les colères & les grands rabibochages plein de larmes & de rires dont sa sœur l’accablait.

Ils étaient comme les deux mains, la droite ou la gauche, toujours séparées, incapables de s’éloigner. L’une défaisant ce que faisait l’autre, et inversement.

Célestine avait grandi.

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