Les plus gênés s’en vont

Leur amitié improbable dérangeait beaucoup de gens. Surtout ceux dont la vie grisâtre se résumait à haïr son prochain. Mais eux, ça les amusait. Dans la rue, ils marchaient d’un pas léger, flottant au-dessus de l’amertume. Statistiquement, personne n’aurait parié sur l’issue de leur rencontre. Ils avaient autant de chance de devenir amis qu’un Amérindien avec un cow-boy, ou une drag-queen avec un électeur de Trump. Mais la réalité était là, ils étaient devenus inséparables. 

Ça faisait desquamer le curé qui avait sorti trois nouvelles plaques de psoriasis sur les bras. Au bar du coin, quand ils venaient s’en jeter un derrière les amygdales, on entendait une mouche voler. Les regards étaient insistants, déplacés. Mais ils ne cédaient pas. Leur mantra était “les plus gênés s’en vont”, et eux n’avaient pas l’intention de partir, ni de se cacher. Damoclès pouvait ranger son épée, ils avaient le style et la répartie pour mettre tout le monde à l’amende. 

Ils avaient des alliés, ils se reconnaissaient d’un regard, d’un geste discret. Ils continueraient à occuper l’espace, à ne pas disparaître. C’était aussi ça, résister. 

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