Défense d’y voir

Alors que les chiffres du déchets-thon s’affolent, bruit sur des réseaux le chahut d’une révolte. D’écho en écho, des voix de femmes s’élèvent.

Ici, les filles sont en maillot de bain, dévoilent les formes de leur corps au bord de la mer, à la piscine, voire dans les parcs sous le soleil brûlant.

Là-bas, un lourd voile étouffe leurs aspirations à se lever et s’instruire.

J’ai essayé d’écrire pour relater leurs vies, porter leur parole longtemps bâillonnée. Mais c’était interdit. Alors j’ai pris mon téléphone et, discrètement, ai enregistré les récits qu’elles ont voulu me confier.

Quand je suis revenue par ici raconter mon voyage, mon chef m’a regardée, puis haussé les épaules.

– Qui est-ce que ça peut intéresser, des filles à qui on interdit l’école ou l’université ? J’entends déjà les commentaires du public :

« Il n’y a rien de plus grave, chez nous ? L’inflation, des choix politiques impopulaires, la précarité énergétique, la dernière défaite du PSG en coupe d’Europe, l’obésité des rats qui nous pend au nez… »

En quoi nous devrions juger les hommes qui empêchent leur épouse de se montrer ? La place des femmes, c’est bien à la maison et auprès des enfants, non ?

J’ai écouté mon chef, et chacun de ses  mots a porté sur mes épaules des coups de massue. Je suis accablée.

– Mais… mais tu ne crois pas que défendre les droits des femmes, leur instruction, ça en vaut la peine, non ? Tu sais quand même que le recul de plusieurs maladies est une conséquence directe de l’accès des femmes à l’information !

Mon chef ne me regarde plus.

– Écoute Armelle, tu me casses les couilles avec ton féminisme à 2 balles. Ton docu, si tu veux le faire produire, démerde-toi. Au fait… Laurent s’est fait porter pâle. Donc tu vas le remplacer sur la couv’ du piquet de grève devant l’incinérateur de Machin-Truc. Peut-être qu’avec une gonzesse, ils seront plus bavards. Mets un tailleur, hein ! Et des talons… Et souris, quand même !

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