Dévastée

“Alors voilà, c’est fini ?”
“Oui”
A ce moment, elle ne sait pas si elle le trouve beau ou si elle le trouve laid.
Elle ne sait pas si elle a envie de crier ou si elle a envie de rire, enfin rire jaune, ou rire comme une folle.
Elle visualise des détails sans importance pour ne pas sombrer, pour ne pas hurler : le sol ciré, le rideau mal tiré, les vêtements éparpillés autour du lit, sa chemise bleue, celle qu’elle préfère.
Elle essaie de ne pas penser. Elle pense à la mer un jour de tempête, elle a le mal de mer, elle a la nausée.
Il est terriblement beau et terriblement laid.
Il ne bouge pas, il la serre dans ses bras. Peut-être que si elle ne bouge pas non plus, peut-être que si elle arrête de respirer, peut-être que si elle ferme les yeux très fort, ils reviendront trente secondes en arrière et ces mots terribles n’auront jamais été prononcés.
Elle essaie de ne pas penser. Mais le lit est comme un bateau pris dans la houle. Elle ne sait pas combien de temps elle va tenir. Elle a envie de s’accrocher à lui pour ne pas tomber, elle a envie de s’accrocher à lui pour que ça dure encore un peu.
Mais il desserre son étreinte et se lève. Elle ferme les yeux. Elle voudrait que le bateau lit chavire, et sombrer.

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