C’est un nouveau départ. C’est une nouvelle saison. Sur un cahier, les traces manuscrites d’une vie passée, d’une vie réelle ou inventée. Relire ces lignes dans quelques années ou les laisser poser, infuser, ranger dans des boîtes ou jeter à la poubelle après les avoir brûlées.
Des bribes et des bribes de pensées, de mots piochés écrits au crayon, au stylo-plume, à l’encre bleue, à l’encre de tes yeux.
Des mots, des photos aussi, dans des boîtes à chaussures, tout en haut d’un placard, inaccessibles.
C’est une nouvelle saison. Nicole range son placard. Elle remplace ses vêtements d’été par des vêtements un peu plus chauds. Elle en profite pour faire la poussière. Sur la pointe des pieds sur l’escabeau, elle tend le bras pour bien essuyer le fond de l’étagère. D’un geste lancé, elle atteint le coin gauche pour la première fois depuis des années. Elle en perd l’équilibre, se rattrape à la planche, au mur, stabilise tant qu’elle peut l’escabeau. Par miracle, elle ne tombe pas mais la boîte à chaussures rouge avec une virgule blanche, grisée par des années d’errance, se fracasse sur le sol.
Nicole soupire et éternue en même temps. Elle avait tout nettoyé et pourtant la poussière s’était remise à danser et virevolter dans ce fracas. Elle descend de l’escabeau, pensant naïvement que ramasser et rassembler le contenu de cette boîte ne lui prendrait que deux minutes.
Étalée sur son parquet, sa vie. Elle commence par prendre quelques photos comme elle ramasserait un paquet de cartes. Puis, elle s’arrête. Elle se reconnaît sur certaines photos, elle s’amuse de ses coupes de cheveux, de ses tentatives capillaires, de ces modes aujourd’hui dépassées. Comme cette photo où sa taille est cintrée par une banane autour d’un T-shirt d’une marque qui n’existe plus.
C’est redevenu à la mode les bananes, pense-t-elle, mais il ne faut absolument pas les porter comme avant. Aujourd’hui, c’est en travers du torse, sinon c’est has-been.
Elle continue à feuilleter les photos. Elle se dit qu’elle aurait dû les ranger proprement dans un album. Elle se souvient que c’était un de ses projets pour passer un hiver froid et douloureux. Finalement, les photos étaient restées dans cette boîte.
Au dos, sont inscrits parfois une date, parfois des noms, parfois les deux. Nicole réfléchit : certains visages malgré les noms inscrits au dos ne lui disent rien. Pourtant, ça devait bien être des personnes importantes pour elle si elle avait gardé une photo de ces gens-là.
Elle tombe sur des photos d’endroits qu’elle a dû visiter un été lointain. Chuis bête, pense-t-elle, j’aurais dû écrire où c’était, car une mer, un océan, ça se ressemble quand même pas mal. Une église, un monastère, va savoir quand la photo avait été prise. Dans quel pays, à quel moment ? Elle avait quel âge en cette saison ?
Aujourd’hui, c’est un nouveau départ, c’est une nouvelle saison. La pluie et les larmes ont cessé. Il est temps de laisser entrer le soleil.
PS : Chère Nicole,
Je suis passé, j’ai sonné, la porte est restée fermée. Appelle-moi quand tu auras ce message.
Je te laisse des pivoines sur le palier en souvenir d’un été cramé.
Tu restes et resteras toujours dans ma mémoire, même le jour où j’aurai perdu la tête.