« Advienne que pourra »

Charlotte rêve. Entre deux audiences au tribunal, Charlotte rêve.

Jeune avocate, souvent commis d’office, elle défend les urgences, ou les désargentés. Nuit et jour, elle attend, dans les couloirs du tribunal, son client.

Speed dating avec le prévenu, pour fourbir la plaidoirie à venir.

Depuis qu’elle est enfant, elle écoute les chroniques judiciaires à la radio. Sur un vieux radio-cassette poussiéreux dans le grenier de la maison de son père, elle a un jour enclenché la touche Play. Se fit entendre une voix de femme qui, avec véhémence, défendait l’indéfendable, le petit voyou comme le grand criminel. Après un silence si pesant que même les mouches étaient paralysées, elle terminait toujours avec cette phrase : « Advienne que pourra ». La cour se retirait, dans un bruit de chaises qui raclaient le parquet. La foule se levait, en murmurant.

Jamais Charlotte n’a connu le verdict final prononcé par les juges. Sur la cassette, un prénom, un nom, et deux dates ; Pauline Burrati 1885-1952.

Charlotte ne sait pas qui a enregistré ces plaidoiries ni qui a connu Pauline Burrati. Mais ce timbre de voix, cette force l’ont convaincue de ponctuer à son tour ses déclamations d’un « Advienne que pourra ». Par ces mots, elle mord les jurés aux tripes. Elle convoque à la barre leur âme et conscience, afin de changer leur regard sur le bougre jeté en pâture devant la Cour.

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